« Ce mouvement ne sera fort et porteur d’avenir que s’il fait entendre une critique lucide du travail moderne. Et s’il permet d’établir définitivement qu’il n’y aura pas de sortie de crise. Loin de nous laisser abattre, nous voulons faire de ce constat une chance. Nous pensons qu’un mouvement social conséquent doit se donner pour but d’aider l’économie à s’effondrer. Le monde actuel ne connaît pas d’en-dehors, on ne peut pas espérer le fuir. Il faut donc patiemment y constituer des milieux de vie où l’on puisse produire ses moyens de subsistance sans le concours de la machinerie industrielle, et où émergent de nouveaux rapports humains, dégagés d’elle. Il faut dans le même temps entreprendre le démantèlement de pans entiers de l’appareil de production existant, inutiles ou nuisibles. Bien sûr, tout cela exige, dans nos discours comme dans nos pratiques, un rejet résolu de l’État et de ses représentants, qui seront presque toujours des obstacles à nos projets d’autonomie. »
(Appel de Raspail).
En réponse à ce texte, le Parti pour la Décroissance diffuse ce communiqué de l’IEESDS et du journal La Décroissance. « La décroissance, pas la barbarie ! Un Comité Pour la désindustrialisation du monde a occupé “entre l’aube du 21 mars 2006 et le milieu de la nuit suivante” le Centre d’Étude des Modes d’Industrialisation à l’École des Hautes Études en Sciences Sociales, boulevard Raspail, à Paris. Ce comité a produit un communiqué le vendredi 24 mars 2006 intitulé l’Appel de Raspail au nom de la décroissance, dont nous tenons à dénoncer le caractère ultra-libéral présenté sous le masque du libertarisme. [...] Or, “Entre le riche et le pauvre, entre le maître et le serviteur, c’est la liberté qui opprime et la loi qui affranchit.” (Henri Lacordaire). Une décroissance démocratique, équitable et humaniste passe d’abord par le souci des plus faibles. La loi et l’État existent pour les garantir. La décroissance ne doit pas servir à légitimer les discours de précarisation ou de chaos social, bien au contraire. Pire encore, parmi le saccage d’un bien collectif commis à cette occasion, un slogan “Mort à la démocratie” a même été inscrit sur un mur. Le journal La Décroissance, l’Institut d’études économiques et sociales pour la décroissance soutenable expriment leur plus profond dégoût devant ces actes et ces propos. »
Quelle mouche a piqué nos amis décroissants ? Se sentent-ils propriétaires d’un concept ? La décroissance n’est-elle pas une idée à débattre et à enrichir au gré des confrontations et des expériences ? Pourquoi La Décroissance ignore-t-elle dans son numéro d’avril-mai le mouvement social dit « anti-CPE » ? Suffit-il de prononcer des incantations bien-pensantes pour changer le monde ? D’où vient cette confiance immodérée dans le rôle bénéfique de l’État et de la loi ? Le Parti de la Décroissance deviendra-t-il une secte New-Age ? Ou un lobby sénatorial à la gauche de Voynet et Assouline ? Les écrits de Jacques Ellul et Serge Latouche ne méritent-ils pas mieux que ce triste copyright partisan ?
Article publié dans le supplément "Mouvement dit anti-CPE" accompagnant le CQFD n° 33, avril 2006.